Dimanche 10 février 2008
Je ne suis pas très productif ces temps ci, et devine quoi lecteur, ça continue ! Les paragraphes qui suivent sont personnels, alors si tu cherches un article dans la lignée du blog, pars. Pars loin et ne reviens "jamais".
Et je comprends mieux maintenant l'extreme férocité avec laquelle les quantités intellectuellement négligeables se bousculent sur la toile pour faire des phrases.
Je me suis levé ce matin, j'ai fait ma toilette et j'ai allumé l'ordinateur. Les salauds ! Ils m'ont coupé la ligne internet parce que je n'ai pas envoyé leur chèque de 88,75 ¤. Figure-toi que j'étais assez content de me voir l'accès à la toile restreint. J'ai ensuite refusé une invitation au kart, pour être pépère et me reposer en ce début de vacs, après des semaines lourdes de stress et de pression (dont le lycée n'est pas l'unique responsable). Du coup j'ai regardé un divx, un film français que je voulais aller voir au cinéma à l'époque, mais que j'ai loupé. Les chansons d'amour de Christophe Honoré. Il s'est révélé à la hauteur des critiques -litanies- que la presse en a fait. On est peut-être pas super doués en économie, et de moins en moins dans le social, mais bordel on fait encore des supers films.
Bon, alors, j'avais envie de bouger quand même. Du sport ? Mouai nan, demain à la piscine. Alors j'me suis habillé chaudement, j'ai mis mes lacets autour de mon pantalon beige (fi de la chaine du vélo), j'ai pris mon ipod, un mini-sac et je suis parti en vélo. Seul.
J'ai roulé vingt minutes dans une direction hasardeuse que je ne connais pas pour atteindre la "pleine" campagne (du côté de Breuschwieckersheim pour les Alsaco). Arrivé entre les champs, plein de chemins se montraient à moi, et pendant une demi-heure je me suis obstiné à ne prendre que les chemins allant plus haut, et plus loin de chez moi. Puis, fatalement, je suis finis par tomber sur un chemin descendant. Mais devant lui, un énorme tas de pierre et de sable abandonné dominant tout le paysage, dont le pourtour était jonché d'une mini forêt fidèle à la saison : des branches. Ca devait être une ancienne carrière. J'me suis dit qu'il devait y avoir une belle vue de là-haut. Alors j'ai posé le vélo, et j'ai fait le tour, pour trouver le flanc le plus facile à gravir. Et là, en épiant les pentes de l'immense amas, que vois-je, une biche en train de descendre. Le spectacle était fascinant, elle était à contre-jour, cachant le soleil comme la lune le fait pendant l'eclipse, et se déplaçait en effectuant d'énormes et majestueux sauts dont la suspension en air me paraissait durer moulte. Wa. J'ai sorti mon téléphone pour essayer de capturer ce moment. Mais en fait non je l'avais pas. Et tant mieux. J'ai rapidement perdu l'animal de vue. Et pour le revoir, j'ai essayé de monter la montagne artificielle. La tâche n'était pas aisée, et je me suis fait deux-trois frayeurs. Une fois en haut, impossible de revoir la bête. Elle n'était pas stupide, et les avalanches de pierre que j'ai involontairement créé n'étaient pas des plus discrètes. Alors je me suis contenté du panorama que ma position offrait. Et tu savais quoi, c'était beau.
(Au fait, tu m'as cru quand j'ai parlé de la biche ? Nan. Ca parait fadement lyrique j'avoue, mais promis juré craché sur la tête à Nicolas c'est vrai.)
Je me suis assis, comme perché sur un nuage. J'ai ouvert mon sac qui contenait deux barres Grany, une écharpe, des gants, une bouteille, et un livre. Et là j'ai sorti le livre... nan j'ai sorti les grany, ho faut pas déconner non plus. Puis le livre (Bukowsky), en prenant soin de couper mon ipod. Je dois avouer que le vent rendait pas la lecture facile, mais tu sais quoi lecteur ? .. bah moi non plus, je peine encore à l'expliquer. C'était bien, c'était lent, c'était différent de ma quotidienneté. Et cet instant m'emplissait d'une sorte de.. de plénitude, d'insouciance, pas des plus désagréables, transformant ma vie chargée de jeune étudiant en véritable sinécure. J'étais un peu dans mon monde. La bourse aurait pu chuter de 600% je ne serai pas redescendu de mon petit coin de paradis délectable.
Alors, quand j'ai rangé mon livre, et que je me contentais de réduire mon existence à "être-là", une idée est venue se fracasser plusieurs fois entre mes tempes : je voulais vraiment partager ce moment avec quelqu'un. Mais j'ai dû me rendre à l'évidence assez rapidement, je n'imagine personne dans mon cercle d'amis se laissant embarquer dans une escapade à la con de ce genre. Une copine ? J'en ai pas depuis décembre. La solitude de campagne m'est sûrement trop inhabituelle. Mais cela ne change rien au fait que je me sentais vraiment bien. J'ai finis par avoir froid.
Je suis rentré par un soleil couchant, ai pris ma douche et écrit ça. Au passage, je suis passé devant un vigneron (je n'étais pas seul à ma grande surprise), il s'occupait de ses cèpes. Je l'ai envié comme on envie un milliardaire. Faire de sa vie une succession de moments comme je venais d'en vivre me semblait l'eden. Lui en avait sûrement ras-le-c.
Tout ça pour dire quoi cher lecteur. Je te le demande. Tu as dû percuter.
Et bien ça pose la sérieuse question du bonheur. Et ouai. J'ai envie de répondre à Cali, qui nous casse à tous les couilles depuis son C'EST QUAND LE BONHEUR bis x 60, que le bonheur il est peut-être là où l'on s'y attend pas vraiment. Pour ma part, je suis parti cette après-midi dans l'optique de me faire chier, comme chez moi, mais à l'air frais. J'ai passé 4 heures fantastiques, dont chaque minute me rendait alerte à la nature qui me berçait.
Application à la vraie vie des vrais gens -dixit Philippe- : je vais m'engager dans une prépa HEC, qui va me faire bosser après 23 ans, à un poste sûrement autre que chef du rayon sirop à Super U (j'ai rien contre les chefs de rayon, j'en connais un très gentil d'ailleurs, hein Rémi). Et pourquoi je fais ce genre d'étude ? Parce que j'ai peur de rater ma vie. Et je m'accroche à des choses simples : une belle voiture, un beau duplex, des belles chaussures, du succès et plein d'zéros sur ma fiche de paie. Je parie là-dessus pour mon avenir, pour être sûr d'être heureux. Et je fuis les choses complexes comme l'amour et la paix intérieure. Or si lecteur, tu n'es pas un de ces sophistes, tu sais comme moi consensuellement que ce sont ces choses complexes et merveilleuses qui apportent le bonheur. La voiture ne dépend que de celle du voisin.
Et la vie est un jeu risqué.
regis
Playlist du ipod qui m'a accompagné dans ce moment fort :
Melt Banana - Bambi's Dilemma (indie rock ovni féminin japonais)
Cat Power - Jukebox (jazzily paying tribute de Miami)
Those Dancing Days - EP 7' (rocky pop féminin de Stockholm)
Microfilm - stereodrama (post rock instrumental)
The Doors
Gainsbourg
Simon And Garfunkel
Alicia Keys
Kanye West
Jimmy Rodgers
Bluegrass
Je ne suis pas très productif ces temps ci, et devine quoi lecteur, ça continue ! Les paragraphes qui suivent sont personnels, alors si tu cherches un article dans la lignée du blog, pars. Pars loin et ne reviens "jamais".
Et je comprends mieux maintenant l'extreme férocité avec laquelle les quantités intellectuellement négligeables se bousculent sur la toile pour faire des phrases.
Je me suis levé ce matin, j'ai fait ma toilette et j'ai allumé l'ordinateur. Les salauds ! Ils m'ont coupé la ligne internet parce que je n'ai pas envoyé leur chèque de 88,75 ¤. Figure-toi que j'étais assez content de me voir l'accès à la toile restreint. J'ai ensuite refusé une invitation au kart, pour être pépère et me reposer en ce début de vacs, après des semaines lourdes de stress et de pression (dont le lycée n'est pas l'unique responsable). Du coup j'ai regardé un divx, un film français que je voulais aller voir au cinéma à l'époque, mais que j'ai loupé. Les chansons d'amour de Christophe Honoré. Il s'est révélé à la hauteur des critiques -litanies- que la presse en a fait. On est peut-être pas super doués en économie, et de moins en moins dans le social, mais bordel on fait encore des supers films.
Bon, alors, j'avais envie de bouger quand même. Du sport ? Mouai nan, demain à la piscine. Alors j'me suis habillé chaudement, j'ai mis mes lacets autour de mon pantalon beige (fi de la chaine du vélo), j'ai pris mon ipod, un mini-sac et je suis parti en vélo. Seul.
J'ai roulé vingt minutes dans une direction hasardeuse que je ne connais pas pour atteindre la "pleine" campagne (du côté de Breuschwieckersheim pour les Alsaco). Arrivé entre les champs, plein de chemins se montraient à moi, et pendant une demi-heure je me suis obstiné à ne prendre que les chemins allant plus haut, et plus loin de chez moi. Puis, fatalement, je suis finis par tomber sur un chemin descendant. Mais devant lui, un énorme tas de pierre et de sable abandonné dominant tout le paysage, dont le pourtour était jonché d'une mini forêt fidèle à la saison : des branches. Ca devait être une ancienne carrière. J'me suis dit qu'il devait y avoir une belle vue de là-haut. Alors j'ai posé le vélo, et j'ai fait le tour, pour trouver le flanc le plus facile à gravir. Et là, en épiant les pentes de l'immense amas, que vois-je, une biche en train de descendre. Le spectacle était fascinant, elle était à contre-jour, cachant le soleil comme la lune le fait pendant l'eclipse, et se déplaçait en effectuant d'énormes et majestueux sauts dont la suspension en air me paraissait durer moulte. Wa. J'ai sorti mon téléphone pour essayer de capturer ce moment. Mais en fait non je l'avais pas. Et tant mieux. J'ai rapidement perdu l'animal de vue. Et pour le revoir, j'ai essayé de monter la montagne artificielle. La tâche n'était pas aisée, et je me suis fait deux-trois frayeurs. Une fois en haut, impossible de revoir la bête. Elle n'était pas stupide, et les avalanches de pierre que j'ai involontairement créé n'étaient pas des plus discrètes. Alors je me suis contenté du panorama que ma position offrait. Et tu savais quoi, c'était beau.
(Au fait, tu m'as cru quand j'ai parlé de la biche ? Nan. Ca parait fadement lyrique j'avoue, mais promis juré craché sur la tête à Nicolas c'est vrai.)
Je me suis assis, comme perché sur un nuage. J'ai ouvert mon sac qui contenait deux barres Grany, une écharpe, des gants, une bouteille, et un livre. Et là j'ai sorti le livre... nan j'ai sorti les grany, ho faut pas déconner non plus. Puis le livre (Bukowsky), en prenant soin de couper mon ipod. Je dois avouer que le vent rendait pas la lecture facile, mais tu sais quoi lecteur ? .. bah moi non plus, je peine encore à l'expliquer. C'était bien, c'était lent, c'était différent de ma quotidienneté. Et cet instant m'emplissait d'une sorte de.. de plénitude, d'insouciance, pas des plus désagréables, transformant ma vie chargée de jeune étudiant en véritable sinécure. J'étais un peu dans mon monde. La bourse aurait pu chuter de 600% je ne serai pas redescendu de mon petit coin de paradis délectable.
Alors, quand j'ai rangé mon livre, et que je me contentais de réduire mon existence à "être-là", une idée est venue se fracasser plusieurs fois entre mes tempes : je voulais vraiment partager ce moment avec quelqu'un. Mais j'ai dû me rendre à l'évidence assez rapidement, je n'imagine personne dans mon cercle d'amis se laissant embarquer dans une escapade à la con de ce genre. Une copine ? J'en ai pas depuis décembre. La solitude de campagne m'est sûrement trop inhabituelle. Mais cela ne change rien au fait que je me sentais vraiment bien. J'ai finis par avoir froid.
Je suis rentré par un soleil couchant, ai pris ma douche et écrit ça. Au passage, je suis passé devant un vigneron (je n'étais pas seul à ma grande surprise), il s'occupait de ses cèpes. Je l'ai envié comme on envie un milliardaire. Faire de sa vie une succession de moments comme je venais d'en vivre me semblait l'eden. Lui en avait sûrement ras-le-c.
Tout ça pour dire quoi cher lecteur. Je te le demande. Tu as dû percuter.
Et bien ça pose la sérieuse question du bonheur. Et ouai. J'ai envie de répondre à Cali, qui nous casse à tous les couilles depuis son C'EST QUAND LE BONHEUR bis x 60, que le bonheur il est peut-être là où l'on s'y attend pas vraiment. Pour ma part, je suis parti cette après-midi dans l'optique de me faire chier, comme chez moi, mais à l'air frais. J'ai passé 4 heures fantastiques, dont chaque minute me rendait alerte à la nature qui me berçait.
Application à la vraie vie des vrais gens -dixit Philippe- : je vais m'engager dans une prépa HEC, qui va me faire bosser après 23 ans, à un poste sûrement autre que chef du rayon sirop à Super U (j'ai rien contre les chefs de rayon, j'en connais un très gentil d'ailleurs, hein Rémi). Et pourquoi je fais ce genre d'étude ? Parce que j'ai peur de rater ma vie. Et je m'accroche à des choses simples : une belle voiture, un beau duplex, des belles chaussures, du succès et plein d'zéros sur ma fiche de paie. Je parie là-dessus pour mon avenir, pour être sûr d'être heureux. Et je fuis les choses complexes comme l'amour et la paix intérieure. Or si lecteur, tu n'es pas un de ces sophistes, tu sais comme moi consensuellement que ce sont ces choses complexes et merveilleuses qui apportent le bonheur. La voiture ne dépend que de celle du voisin.
Et la vie est un jeu risqué.
regis
Playlist du ipod qui m'a accompagné dans ce moment fort :
Melt Banana - Bambi's Dilemma (indie rock ovni féminin japonais)
Cat Power - Jukebox (jazzily paying tribute de Miami)
Those Dancing Days - EP 7' (rocky pop féminin de Stockholm)
Microfilm - stereodrama (post rock instrumental)
The Doors
Gainsbourg
Simon And Garfunkel
Alicia Keys
Kanye West
Jimmy Rodgers
Bluegrass