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Comment adhérer aux projets de notre société ? Comment manifester de l'enthousiasme et de l'envie de dépenser de l'énergie pour cette société et les directions qu'elle prend ? Comment se réjouir de l'avenir en assistant à ces directives que prennent les plus hautes sphères ? S'il s'agit de lutter pour aller vers un monde propre où les énergies intelligentes et renouvelables remplacent cette énergie malsaine qu'est le nucléaire, je veux bien me battre avec enthousiasme. S'il s'agit d'aller vers un monde où graduellement la si stupide et catastrophique diversité des biens de consommation cède graduellement la place à des produits dont le véritable but est de servir l'humanité, je veux bien travailler la fleur au fusil. S'il s'agit d'oeuvrer à l'avènement d'un monde plus humain, plus propre, plus beau et plus intelligent et je me battrai jour et nuit.
Mais c'est l'inverse qui se produit. Nous faisons tout à l'envers. Rien de rien n'est fait correctement. Rien ne prend ne serait-ce que la bonne direction. Rien n'est fait pour redresser la trajectoire humaine, et vivante puisque nous sommes coupables, nous, espèce dominante de ce globe, du triste sort de l'ensemble des être de cette planète. J'en suis conscient, nous sommes conscients ! La sonnette d'alarme est tirée, les scientifiques crient à la catastrophe, tout le monde sait que nous courrons à notre perte dans cette voie, et ce à une vitesse déconcertante. Le monde est au courant, le monde ne fait rien. Logique, quand la futilité qu'est l'argent a pris bien plus de valeur que la vie elle-même. Paradoxal me direz-vous, sans vie, pas d'argent. Mais le fait est que nous sommes indirectement menacés. En effet, ce n'est pas moi, ni vous qui lisez ce texte, qui allez vraiment payer pour nos fautes commises pourtant actuellement. Ce sont nos descendants. Ils nous font un prêt, celui de leur vie, avant de naître. Ce n'est pas nous qui allons souffrir, alors pourquoi freiner notre course ? Pourquoi ? Un mot : la vie. C'est un argument valable il me semble. La vie. Mais l'individualisme de l'homme, nous étant offert par notre magnifique et si perfectionnée constitution intellectuelle, nous déculpabilise. Sachant tout cela, connaissant cette sorte d'autodestruction, comment ne pas être découragé à l'avance ? Comment demander à nos enfants d'avoir envie de s'activer dans cette société absurde ?
Certes, la beauté, l'intelligence, la propreté, l'esprit sain sont des notions toutes relatives. Bien que nous sommes tous d'accord sur le fait que les déchets nucléaires enfouis au fond de la mer ne sont aucunement propres. Certes, ma conception du monde n'est peut-être pas la même que la votre. Aurai-je donc tort de vouloir façonner le monde à mon image ? Oui. Et c'est là qu'il faut travailler. Il faut travailler sur les points communs de notre vision du monde "idéal". Devrais-je admettre que le monde actuel parait parfait aux yeux des plus chanceux ? Oui. Et je dois respecter leur opinion. Mais encore une fois, ces gens-la ont sûrement des points communs avec ma conception du monde "parfait". Dois-je commencer par intégrer la différence ? Non, l'intégrer c'est la nier, et faire preuve d'égocentrisme. Nous sommes différents, mais pas séparés. La taille, la couleur de peau et la culture sont des choses anecdotiques. Accepter cette différence serait plus adapté à une longue marche vers un monde plus sensé. Bien qu'il ne soit pas réellement question de tolérance ou intolérance, mais tout simplement d'humanité.
Encore faut-il travailler sur soi avant de changer les autres.. cette simple phrase annule tout cet article. Et je me répondrais par un mot un seul : l'utopie. Perçue la plupart du temps comme inepte, sans utilité, futile, l'utopie est ici une vision différente du monde, une vision parfaite. La diffusion de cette utopie, l'ancrage de cette idée dans les esprits, la banalisation de toutes ces solutions actuellement extraordinaires ne contribueraient-ils pas au redressement de la société ? Sûrement si. Mais ô malheur. Voilà que je produis une nouvelle utopie, basée sur une utopie. Cela relève maintenant de la folie et de l'imagination pure et dure, elles-mêmes basées sur un espoir excessif.. celles-ci ineptes et futiles..
Quand bien même le monde pourrait agir synchroniquement, dois-je apporter ma pierre à l'édifice pour annihiler les nombreuses absurdités et failles de notre fonctionnement ? Ou devrions-nous plutôt démolir cet édifice bancal et reposer les premières pierres ? Inconcevable.
Parce que le monde tout entier est ma maison je veux qu'il soit beau, intelligent, propre et sain. Intérieurement et extérieurement. Pour moi et mes enfants. L'espoir est-il encore permis, un rapide coup d'oeil m'emplit de pessimisme. Penser global, agir local. Telles sont les solutions, inéluctablement inefficaces dans peu de temps.
Impuissant puisqu'entrainé dans cette impuissance collective, dois-je donc faire comme le reste des gens. Me plaire ainsi, vivre ma vie, aux dépends de la vie elle-même ? Quitte à vivre autant être heureux non ? C'est ainsi que je refermerai la parenthèse de cet article que je n'avais pas ouvert, et reprendrai le cours de ma petite vie heureuse et insignifiante, répulsant cette idée si pessimiste, pourtant si réaliste, pour pouvoir dormir sur mes deux oreilles, me réveiller avec le sourire, et tolérer inconsciemment, donc oublier, cette pensée sombre.
-regis


